Entretien avec Gaëligue Jos, Première secrétaire fédérale PS. De grandes ambitions pour les socialistes et pour le Lot

Pour la première fois dans l’histoire du Parti Socialiste lotois, le 29 mars dernier, une femme a été élue au poste de responsabilité le plus élevé : Premier secrétaire fédéral avec pour principal défi, celui de la
restructuration du PS.

Où en est aujourd’hui le PS lotois ? Quel regard porte-t-il sur la société ? Quelles orientations ? Quelles ambitions ? Quelle marche à suivre ? Réponses de Gaëligue Jos, nouvelle figure montante de la scène politique lotoise.

Vous succédez à Laurent Fabre, qui ne se représentait pas. Comment s’est passée cette transition ?

On parle trop souvent des hommes et des femmes politiques avec défiance pour des actions pas toujours positives et trop peu de l’engagement des hommes et femmes politiques sincères ; je tiens à saluer Laurent Fabre mon prédécesseur qui pendant 6 ans a travaillé avec rigueur, cohérence et courage, en traversant des situations difficiles, en respectant les sensibilités des uns et des autres pour faire que les débats permettent de produire une réflexion profonde.

Est-ce facile d’être socialiste aujourd’hui ?
La question est de savoir si on assume ce choix. Pour ma part, oui, j’assume d’être socialiste. Je suis convaincue des valeurs que porte le parti socialiste et je me rends compte aussi comment personne d’autre ne les propose et n’est en capacité de les structurer, pour peser dans le débat de société. Alors je me dis, ou ces valeurs-là, je les porte avec le Parti Socialiste avec le plus de rigueur possible, ou je baisse les bras. Voilà le sens de mon engagement dans le paysage politique actuel. Emmanuel Macron qui pouvait laisser penser qu’il mènerait une politique de centre gauche, mais ce n’est pas le cas, il s’agit bien d’une politique de droite, avec des stratagèmes et de la communication bien huilée qui arrive à donner le change pour l’instant.

D’autre part, nous avons affaire à Jean-Luc Mélenchon qui se veut lanceur d’alerte, grand communiquant, qui fait le buzz, mais qui ne répond pas à de vraies attentes concernant l’évolution de notre société. Alors que des difficultés existent tant au niveau national que local ; notre territoire souffre d’un manque de réponse politique. Si le PS ne porte pas de réponse, quel est le choix qui reste ? Le populisme ou une politique de droite ! Il ne serait pas pensable qu’il n’y ait pas une offre socialiste, de gauche, écologique, qui se structure !

Au niveau départemental, dans quel état retrouvez-vous le PS ?
La maison n’est pas vide ! De nombreux socialistes sont bel et bien là. Pour moi, ceux qui sont restés fidèles et qui ont fait la démonstration de leur attachement aux valeurs socialistes, sont des gens solides, sur qui on peut compter ! Quant à ceux qui sont partis ; est-ce par conviction ou par opportunisme ? Ceux qui sont restés en tout cas, ils ont connu des moments difficiles et ils ont des valeurs ; ils sont sincères. Qu’est-ce qu’un politique doit porter ? Des convictions, du travail, de la sincérité. Avec ces trois composantes réunies, on se retrouve en capacité de gagner des batailles. Je peux le dire haut et fort, les socialistes qui restent sont des gens sincères, qui travaillent, qui sont rigoureux et qui sont droits !

Évidemment cela n’enlève pas le fait qu’il y a un gros travail à faire pour restructurer le parti, tant au niveau local que national. Mais avec des personnes comme celles que je viens de décrire, nous pouvons avancer avec optimisme. Je me rends compte qu’il y a du répondant, à travers tout ce que je propose avec des interactions et des propositions. Notre calendrier est déjà dense jusqu’en décembre prochain. Il est sûr que si je ne savais pas pouvoir compter sur toutes ces personnes, je ne serai pas dans cet état d’esprit.

Quelle est votre méthode de travail, après le renouvellement des instances
départementales ?

Les instances nationales vont lancer un chantier dont nous allons nous emparer, quitte à l’adapter aux réalités de ce département. En même temps, se déroule un travail en interne avec notamment en juin un séminaire à destination des élus et des militants. Nous aurons également des rendez-vous ouverts aux sympathisants et à l’ensemble des citoyens, avec à chaque fois des interventions extérieures. L’idée c’est d’être le plus pédagogique possible en donnant les moyens pour comprendre le monde actuel. Par exemple nous avons affaire à une réforme territoriale de plus en plus complexe avec la loi NOTRe, qui
nécessite une bonne compréhension des orientations et des textes. Nous nous devons de fournir un maximum d’informations, de manière à prendre des décisions en connaissance de cause. Nous allons mener aussi différentes actions auprès des citoyens ; élus, membres du milieu associatif… avec des personnalités qui pourront nous aider à prendre du recul par rapport à certains sujets de société.

Actuellement, nous subissons une politique nationale avec un tempo très rapide qui ne laisse pas le temps de la réflexion, où l’on répond avec sa sensibilité, ses émotions. Mais ce n’est pas comme cela qu’il faut faire de la politique. Il nous faut aborder les sujets de fond à travers différents angles, sinon ce n’est plus de la politique, mais de la réaction. Localement, je vois beaucoup de frénésie de communication, mais qu’est-ce qu’il y a derrière ? Quel est le contenu ? Cela me semble souvent bien pauvre, car il est difficile de vouloir être en permanence dans les médias et en même temps mener un travail de fond…

Quels sont les premiers objectifs que vous vous fixez pour le PS lotois ?

L’un de nos premiers chantiers consiste à valoriser l’action des socialistes dans le Lot. Je pense que nous n’avons pas suffisamment communiqué jusqu’ici sur les questions telles : que veut dire être socialiste dans le Lot ? Quelles valeurs ?Quelles actions ? Pour autant nous sommes riches de cela. Je m’en suis rendu compte en tant que militante. Le PS lotois compte de nombre élus, des conseillers municipaux, des maires, des conseillers départementaux, régionaux et une sénatrice, qui mènent tous des actions innovantes. Cependant, ils ont trop tendance à penser : « Il suffit de faire » et ils oublient de dire ce qu’ils font. Nous allons donc communiquer sur ce que nous faisons.

Quelques municipalités et plusieurs associations se sont engagées en faveur de l’accueil des migrants, mais hormis l’appui apporté par l’évêque de Cahors à cette démarche, personne ne s’exprime sur le sujet. Quelle est votre position ?
Nous devons traiter ce sujet et non pas l’éviter ; c’est un sujet fort et d’actualité. Le 24 juin prochain, nous organisons un atelier sur ce thème et un secrétariat sera en charge du suivi de ce dossier. Des élus socialistes se sont engagés dans l’accueil des migrants et je pense que nous devons poursuivre en ce sens. Voilà un sujet de fond que nous devons traiter en conséquence. Il faut dire pourquoi cet accueil, quel est le retour de cette expérience et ensuite ne pas oublier de valoriser la démarche entreprise.

La Vie Quercynoise s’est fait l’écho des tensions existant entre les services de l’État et l’intercommunalité de CAUVALDOR dont vous faites partie ; quel est votre avis ?
Certes il y a eu une levée de bouclier et je pense que les services de l’État font preuve d’une certaine lourdeur, plutôt parce qu’ils sont garants de l’État de droit et qu’il peut y avoir des situations complexes à traiter. De là à dire que CAUVALDOR serait moins bien traité que Cahors ou Figeac, cela me paraît excessif. Je pense que les services de l’État assument leurs tâches et ce n’est pas toujours facile, parce qu’ils doivent composer entre les règles et la réalité du territoire. Les élus ont utilisé la communication pour susciter des réactions ; c’est le jeu. Pour ma part, j’aurais plutôt opté pour une démarche par étapes, même si au final, seul le résultat compte. Ne perdons pas de vue qu’il faut entretenir de bonnes relations avec les services de l’État, parce que c’est nécessaire pour faire avancer des projets et l’État c’est aussi une expertise, un service rendu aux collectivités, qui plus est la plupart du temps gratuit.

Le Conseil départemental et la préfecture ont décidé de faire appel du jugement du tribunal administratif donnant un coup d’arrêt au projet du tracé T3 dit « Voie d’avenir ». Quelle est votre position, sachant que vous habitez le territoire concerné par ce projet de désenclavement du nord du Lot ?
Pour ma part, et c’est un avis personnel dans la mesure où je suis élue à Saint-Michel-de-Bannières, je le dis et je le répète, il faut une route, c’est un besoin,pour les entreprises et pour les particuliers. Il y a un principe de réalité, le nord du département fait partie du bassin de Brive et nous connaissons un va-et-vient permanent entre le nord du Lot et Brive. En clair cela signifie qu’un tracé est nécessaire aux Lotois, mais pas seulement pour eux ! Il sert également aux Corréziens. Je défends la position de l’amélioration de la route existante, et ce d’autant plus lorsque voit le coût que représente le tracé T3. Je pense qu’il y a
matière à approfondir la question de l’amélioration de l’existant, plutôt que de se
braquer sur un projet de nouveau tracé.

Vous êtes la première femme à occuper ce poste de Première secrétaire fédérale
du PS lotois. Comment vivez-vous cette situation ?
Lorsque je me suis présentée à cette élection, je n’ai pas voulu aborder la question de cette façon. Cependant, la première fois où je me suis rendue au siège national à Paris, rue de Solférino, pour la réunion de tous les secrétaires de France, je dois reconnaître que l’effet a été brutal. Nous étions une poignée de femmes avec des hommes tous en costume bleu marine avec chemises bleues. L’image est assez caricaturale, j’en conviens, mais cela m’a frappée. C’est là que je me suis dit qu’il faut tout de même qu’à un moment donné, il y ait des règles pour que des femmes accèdent à des postes de responsabilité, sinon il y a un vrai problème de représentativité. Du coup, pour les femmes qui sont présentes cela demande encore plus d’investissement ; parce qu’elles se doivent de porter la voix des autres femmes.

Entretien réalisé par JEAN-CLAUDE BONNEMÈRE